Chapitre 2 – La Furie des neiges


Un cristal aux reflets bleutés serré entre ses doigts, Ysayle se remémorait les récents événements.
Le destin avait voulu qu’elle s’allie au Guerrier de la Lumière et à un jeune homme des Héritiers de la Septième Aube, qu’elle avait combattus jusqu’alors, et plus invraisemblablement encore, à celui qui était certainement son plus farouche ennemi, le Dragon céleste. Ensemble, ils avaient voyagé à travers Dravania et surmonté de nombreuses épreuves pour finalement atteindre le domaine de Hraesvelgr, au sommet de Sohm Al. Là, ils avaient essayé de convaincre le majestueux dragon ancien de les aider à mettre un terme au conflit millénaire qui oppose leurs peuples.
Hélas, le refus de Hraesvelgr avait brisé leur mince espoir d’une solution pacifique, et c’est avec grand regret qu’Ysayle avait laissé ses compagnons partir terrasser le redoutable Nidhogg.
Toutefois, en apprenant que des hérétiques prenaient d’assaut la sainte Cité, elle avait trouvé la force de surmonter sa détresse et était partie sans hésitation pour Ishgard. Elle ne pouvait pas supporter l’idée qu’une nouvelle guerre, cette fois entre les hommes, puisse éclater, et grâce à son courage, ce danger avait été écarté.« Tout a commencé le jour où je l’ai rencontré… »

Elle se rappela ce qui lui était arrivé il y a cinq ans. La terrible vague de froid provoquée par le Fléau avait poussé Ysayle à chercher refuge dans l’Avant-pays dravanien. C’est là que par hasard, elle avait fait la rencontre du grand dragon Hraesvelgr.
La manière dont ils s’étaient retrouvés l’un face à l’autre, elle surgissant des bois où elle s’était perdue, lui descendant du ciel en quête d’une proie, pouvait n’avoir été que pure coïncidence, mais elle y voyait un signe du destin.« Entends… ressens… pense… »

Depuis qu’elle avait entendu l’appel d’Hydaelyn, Ysayle cherchait inévitablement à en comprendre les intentions.
La vision qu’elle avait eue du passé de Hraesvelgr grâce au pouvoir de l’Écho lui avait révélé la terrible trahison que les hommes avaient commise envers les dragons et qui avait été la cause de cette guerre interminable entre les deux peuples. Après avoir écouté les lamentations de ces créatures sans âge et partagé leur peine, elle avait choisi de suivre la voie qui allait faire d’elle une hérétique aux yeux de la sainte Cité. C’était pour elle le seul moyen de mettre un terme à ce conflit meurtrier et de ramener la paix.
Cela ne serait possible qu’en tuant l’Archevêque, le symbole même de l’hypocrisie et du mensonge des hommes, et elle était prête à se salir les mains pour atteindre cet objectif. En réunissant ceux qui, comme elle, s’étaient rangés du côté des dragons, elle s’était imposée naturellement comme leur chef grâce à son étrange pouvoir et avait pris le nom de Cœur-de-glace.« J’étais persuadée qu’éliminer l’Archevêque et révéler la vérité aux Ishgardais permettrait de mettre fin à la guerre…
– Mais cela n’a pas marché, n’est-ce pas ? »

À cette question posée dans la langue des dragons, Ysayle répondit en acquiesçant.
Hraesvelgr fixait la jeune femme de ses deux yeux, de nouveau réunis depuis que son frère était mort.

« Avec l’aide de mes compagnons, j’ai brisé les barrières magiques qui protégeaient Ishgard et mené dans ses murs la horde des dragons fidèles à Nidhogg. Je croyais qu’ils élimineraient ce vieux fourbe… »

Ysayle et les siens avaient obtenu des informations et des armes auprès de marchands uldiens. Bien que les intentions de ces derniers lui aient paru pour le moins suspectes, elle n’avait pas cherché à en savoir plus, persuadée que c’était peu important en comparaison de ce que cette aide allait lui permettre d’accomplir.
Ainsi lorsqu’elle avait appris de ces étrangers que le capitaine général des templiers serait invité à un banquet à Ul’dah, elle y avait vu une excellente occasion de lancer une nouvelle attaque contre la sainte Cité. Et effectivement, en l’absence du protecteur d’Ishgard, détruire ses défenses magiques avait été un jeu d’enfant…
Mais trahissant les attentes d’Ysayle, les dragons n’avaient pas lancé d’assaut contre le Saint-Siège. Au lieu de ça, ils avaient relâché toute la fureur de leur vengeance sur les pauvres gens qui vivent dans les bas quartiers. Le massacre dont elle avait été le témoin à Brouillasse avait empli Ysayle d’un terrible sentiment de culpabilité.« Tu as été bien naïve, humaine… »

Ces mots de Hraesvelgr, elle les acceptait. C’était la triste vérité.

« Oui, c’est vrai… Je me suis laissé aveugler par ma soif d’une soi-disante justice… La trahison des hommes, les sentiments de sainte Shiva et la colère des dragons n’ont été que des prétextes qui m’ont servi à commettre des actes irréparables. Je dois désormais en payer le prix… »

N’était-ce pas ce désir de rédemption qui l’avait conduite à s’allier au Guerrier de la Lumière et à ses compagnons ?
Il ne pouvait en être autrement. Au fond de son âme, Ysayle le savait bien. Et pour cette raison, elle voulait une fois de plus se joindre à leur combat. Où cela la mènerait-elle ? Elle l’ignorait. Mais elle était persuadée de trouver une nouvelle voie en leur compagnie. Contrairement à ses frères et sœurs qui, rongés par leur haine du clergé et de la noblesse ishgardais, l’avaient suivie aveuglément, le Guerrier de la Lumière, Alphinaud et Estinien étaient devenus pour elle de véritables camarades. Des camarades qui n’hésiteraient pas à la remettre dans le droit chemin si nécessaire.« Tu comptes donc y aller, humaine ?
– Oui, je n’ai pas d’autre choix… J’ignore où ils sont, mais je désire plus que tout les rejoindre. »

Le dragon esquissa ce qui sembla être un sourire en voyant la détermination sur le visage de la jeune femme.

« Dans ce cas, monte sur mon dos. Ceux qui détiennent l’un des yeux de Nidhogg sont en route pour le continent défendu d’Azys Lla. Le chasseur de dragons, qui détient l’autre, les poursuit. Le Protégé de la Lumière est sûrement avec lui.
– Vous… Vous êtes donc capable de voir où sont les yeux de votre défunt frère !? »

Hraesvelgr émit une sorte de grognement pour seule réponse.

« Même si Nidhogg avait perdu la raison, je ne puis supporter l’idée que ses yeux soient en la possession d’humains. Veux-tu que je te conduise à l’endroit où se trouvent tes camarades ? »

Ysayle serra une fois de plus le cristal qu’elle tenait entre ses doigts, comme pour s’assurer de la sensation de froid qu’il lui donnait.
Il s’agissait d’un cristal de lumière, le symbole de l’espoir qu’Hydaelyn avait placé en elle.« Je vous en prie, Hraesvelgr, emportez-moi ! »

Ces mots sonnèrent aux oreilles du grand dragon comme la demande que lui avait faite une douce et jeune femme il y a plus d’un millier d’années. Ysayle ignorait toutefois que le souvenir du sacrifice d’amour était encore vif dans le cœur de Hraesvelgr.
Déployant ses ailes majestueuses, il prit alors son envol et s’éleva dans L’Écume des cieux, avec sur son dos celle qui avait cherché à redonner vie à l’idéal de sa bien-aimée.Quelques heures plus tard, Ysayle aperçut une lueur lugubre au loin.
Lorsqu’ils ressentirent l’éther noir de colère et de souffrance qui provenait de cet endroit, Hraesvelgr et elle surent quelle en était l’origine.

« Le pouvoir de l’Œil a été libéré… »

Ysayle sentit son cœur battre plus vite.

« Vite, Hraesvelgr ! Je dois aller auprès d’eux ! »

C’est alors que des tirs de canon provenant d’un immense aéronef garlemaldais jaillirent en direction d’un plus petit appareil. Immédiatement, Ysayle devina que le Guerrier de la Lumière était à bord.

« Le temps est venu d’utiliser le don d’Hydaelyn. »

Elle referma ses doigts sur le cristal dont les reflets étaient semblables à ceux de ses yeux.

« Tant de sang a été répandu en mon nom… Et pourquoi ? Une cause créée de toutes pièces par moi-même afin d’assouvir mon désir de chaleur et de camaraderie. »

La voix d’Ysayle exprimait à la fois la repentance et l’espoir.

« Sainte Shiva, Hraesvelgr… Pardonnez-moi… »

Lorsque Hraesvelgr arriva au-dessus de l’aéronef impérial, Ysayle sauta de son dos et se laissa choir. Devant ce geste d’une résolution fatale et généreuse, le grand dragon ne put réfréner un cri de douleur.
Il y a plus de mille ans, après l’idylle tragique qui l’avait uni à Shiva, Hraesvelgr s’était juré qu’il ne tuerait plus jamais un humain. Sachant cela, Ysayle n’avait pas essayé de lui demander son aide dans le conflit qui se déroulait sous eux.« Merci, Hraesvelgr. »

Ayant fait ses adieux au dragon ancien, elle se prépara à ce qui devait être son dernier combat.

« Ô Déesse née de mes espoirs et de mes rêves… J’en appelle à vous une dernière fois ! Baignez mon être dans votre lumière ! Apaisez la haine dans nos cœurs et apportez-nous la grâce éternelle ! »

Le cristal émit une forte lueur avant de se dissiper.
Ysayle appela alors en elle la Furie des neiges. Inspirée à la fois par l’image qu’elle avait de sainte Shiva et celle de Halone la Conquérante, déesse tutélaire des Ishgardais, elle était devenue l’incarnation de ses espoirs de paix et de justice…
Le temps était venu de transmettre ces espoirs à ses vrais camarades…
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